A mon sens, on serait en droit d’attendre que le Sommet de Copenhague soit d’une exceptionnelle importance car s’inscrivant dans une prise de conscience mondiale de l’imminence de la crise écologique.
L’objectif idéal que je pourrais formuler serait d’obtenir des engagements juridiquement contraignants dans le cadre d’un traité, des objectifs chiffrés globaux et pas seulement une somme d’objectifs nationaux (“volontaires”, “unilatéraux” et “non contraignants”), fixés par les Etats eux-mêmes dans le cadre d’un simple accord politique. Il faut renforcer cette dimension multilatérale et contraignante, qui existait déjà dans le protocole de Kyoto mais qui, en l’absence de sanction, était limitée.
En fait, ce qui se joue est donc bien une certaine conception de la gouvernance mondiale sur un enjeu qui engage à terme la survie même de l’espèce humaine.
Les modalités financières
Cet accord devrait non seulement être ambitieux en termes d’objectifs, mais aussi équitable. L’un de ses éléments clés sera effectivement les mesures prises pour aider les nations en développement à réduire ces émissions et à faire face aux conséquences du réchauffement comme les inondations et les sécheresses. Le rapport 2010 de la Banque mondiale rappelle que ces dernières risquent de subir plus de 75 % des dommages provoqués par le changement climatique Sans engagements il ne pourrait y avoir de mécanisme de financement pour les aider alors qu’elles ont des besoins chiffrés entre 100 et 160 milliards d’euros par an.
Reste à résoudre la question suivante : combien d’argent les vieux pays industrialisés sont-ils prêts à débourser pour les aider ?
La Chine et le G77 continuent de réclamer la création d’un fonds alimenté chaque année par des contributions obligatoires des pays développés à hauteur de 0,5 % à 1 % de leur produit intérieur brut, soit une enveloppe estimée entre 135 et 270 milliards d’euros. Les pays du Nord jugent irréaliste cette demande. Touchés par la récession et un taux de chômage parfois supérieur à 10%, ils ne tiennent guère à faire des promesses trop ambitieuses dans ces négociations.
Ainsi la Commission européenne, qui avait pourtant chiffré l’aide pour les pays les plus pauvres à 100 milliards d’euros par an entre 2013 et 2020 a-t-elle évalué la contribution de l’Union européenne à cet effort entre 2 et 15 milliards d’euros par an, très loin des 35 milliards réclamés par les associations de défense de l’environnement, de la part respectivement de l’Union européenne et des Etats-Unis.
Certains acteurs, comme le gouvernement français, proposent un nouveau mécanisme de « financement innovant ». Reprenant l’idée de taxe Tobin sur les transactions financières dans son plan « justice-climat », il propose ainsi une taxe portée à 0,01 % des transactions financières, qui rapporterait entre 30 et 32 milliards d’euros par an.
D’autres, dont la France, proposent d’instaurer une taxe carbone aux frontières. Les pays ayant adopté des mesures rigoureuses sur l’environnement taxeraient ainsi les produits importés des pays n’appliquant pas de telles mesures. La Chine, cela va de soi, s’oppose vigoureusement à cette idée, qu’Européens et Américains ne soutiennent que prudemment.
D’autres encore essaient de dépasser le concept d’aides financières sur fonds publics, constatant que depuis des années, les États du Nord peinent déjà à tenir leurs promesses en matière d’aide publique au développement. Ils proposent ainsi d’accorder en guise de compensation aux pays en développement une allocation très généreuse de permis d’émissions dans le cadre d’un système reposant sur un marché du carbone à l’échelle mondiale.
La question de la gouvernance et du modèle économique
Si l’équité implique de faire payer les émissions de gaz à effet de serre aux émetteurs et de redistribuer de façon équitable les ressources créées, la solidarité face au danger climatique implique d’accepter dans l’absolu d’inscrire de nouvelles stratégies économiques “sobres en carbone” dans le cadre d’un accord international, avec l’approbation d’un organe extérieur ; or le problème est que les Etats ne veulent pas se laisser dicter leurs choix. Espérons pourtant que nous évoluerons vers ce genre d’organisation pour une meilleure définition des objectifs et une coordination des actions au niveau mondial face à l’urgence climatique.
In fine, un accord sur les changements climatiques ne devra pas seulement limiter les émissions de gaz carbonique; il devra aussi offrir une voie sûre vers le développement durable. Il devra nous aider à répondre à la question de savoir comment nous pourrons continuer à nous développer dans les décennies à venir sans compromettre l’existence de notre planète. La mise au point de techniques énergétiques propres couplée à un réajustement de notre modèle de développement constitue la seule solution viable. Pour faciliter cette tâche, les pays dotés de capacités avancées doivent être prêts à les développer et à les disséminer dans les pays qui en ont besoin.
Menée de façon coopérative, la transition vers des économies sobres en carbone serait un moteur puissant de croissance, générateur de nouveaux investissements et d’emplois. C’est même le seul scénario de croissance viable à long terme, car la crise climatique n’est pas une crise isolée déconnectée de nos choix de développements économiques passés, aujourd’hui dépassés.
L’état de l’opinion publique
L’opinion publique a beaucoup évolué sur ces questions au cours des dernières années et attend beaucoup de ce Sommet, surtout en Europe et dans les pays du Sud. Ainsi selon l’Observatoire annuel HSBC de la confiance climatique, « près des deux tiers (65 %) des personnes interrogées dans le monde jugent qu’un nouvel accord international de réduction des émissions polluantes est très important » (avec 86 % des Brésiliens et 73 % des Français, contre seulement 45 % des Américains). Une autre étude, réalisée dans les cinq plus grands pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Espagne) et aux Etats-Unis par Harris Interactive pour le Financial Times, montre aussi que les Européens se préoccupent plus du changement climatique que les Américains (plus de 63% en Allemagne, France, Italie et Espagne contre 45% aux Etats-Unis).
Si des progrès restent cependant à faire en matière de sensibilisation des populations à ces questions, on ne peut qu’attendre du Sommet de Copenhague qu’il incarne un tournant dans la prise de conscience écologique de la population mondiale.
EUROPE ECOLOGIE
ECOLOGIE DEMOCRATE
TERRE DEMOCRATE
MoDem
Dans mon précédent billet, je rappelais que selon le GIEC, pour limiter la hausse des températures à 2°C, les pays développés devraient réduire de 25 % à 40 % leurs émissions d’ici à 2020. En fait, il préconise aussi que les pays en développement infléchissent de 15 % à 30 % la trajectoire de leurs émissions.
Le 



Réunion de lancement du club politique initié par Corinne Lepage :
ela fait quelques années que je suis convaincu que l’écologie démocrate représente l’avenir en politique, parce qu’elle associe ambition et pragmatisme dans l’élaboration d’un projet de société nouveau, à la fois humaniste et durable.